Conséquences

Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 14:48

La petite cabane etait surpeuplee et empestait. Ils se tenaient en cercle autour du cadavre a l'air bienheureux du vieux Roger, son ventre ouvert repandait des entrailles grisatres sur le sol et un odeur pestilentielle a peine couverte par celle des deux creatures en train de se consumer dans un coin de l'unique piece...

  "Ces choses sont arrivees quand il a ouvert la bouteille, non?" demanda Moleeni.

  "Il me semble bien, ils sont encore attires par cette crasse." repondit Quiloe. "Je suis contente que ma mere soit decedee avant d'en arriver la"

Ils resterent silencieux un moment. Dans la tete de Moleeni tournait la pensee que son oncle, lui, n'en etait peut-etre pas encore arrive la... Ce fut Heian qui brisa le silence :

  "Bon, maintenant que la minute de silence est passee en respect pour un vieux clodo came est passee, passons a l'important : Je declare cette maison mienne, puisqu'elle est vide d'occupant!"

Tous se tournerent vers lui.

  "Tu veux dire notre?" le corrigea Moleeni.

  "Non, mienne! J'y ai pense en premier! C'est chez moi ici, desormais! D'ailleurs, j'aurais besoin d'un coup de main pour debarasser le plancher de ces carcasses" repondit le guerrier en attrapant un des cadavres fumant par les pieds "vous m'aidez?"

Pas un ne bougea. Heian les devisagea un instant, toujours courbe sur son cadavre, puis, se redressant, 

  "ok, ca va, on peut partager un peu. Mais Quiloe, t'as la maison de ta mere, Cadsu, t'as celle de tes parents, Moleeni, ta tante est surement veuve maintenant et elle est plus de toute jeunesse, y'a juste toi Ambre qui n'a rien mais tu pourras partager ma chambre qui sera luxueuse avec plaisir, je te le promet!"

  "Je crois que je prefererais dormir dans les egouts avec ces especes de zombies que dans la meme piece que toi. Meme ici, en train de bruler, leur puanteur ne couvre pas encore celle de tes pieds!" repondit la jeune femme.

Moleeni eclata de rire "Allez, comme tu le dis, on a deja quelques maisons, au moins potentielles ; meme si je te saurai gre de ne pas manquer de respect a ma tante! Ce qu'on pourrait faire plutot, ce serait une espece d'agence immobiliere! Aujourd'hui, 2-3 maisons, demain, Emerylonn et dans une semaine : un empire!"

Cadsuane intervint alors : "Bon, je suis pas sur qu'on gardera cette maison plus de 10 minutes dans ce quartier mais on peut toujours essayer. Je vais essayer de retaper la porte qui a un peu morfle, essayez de boucher les fenetres et tapons ces pauvres heres dehors, on les enterrera au lever du jour."

  "Et depechons-nous, j'entends d'autres hurlements, on dirait qu'il y en a d'autres de sortie" repondit Quiloe.

Ainsi, ils colmaterent les breches dans la petite cabane, laisserent les 4 cadavres dehors ou ils rejoinrent les autres puis s'isolerent pour la nuit, dans une obscurite totale si ce n'etait la faible lueur offerte par le baton du mage. Peu de creatures semblerent passer a proximite de la cabane et aucune ne tenta d'entrer. La nuit fut longue pour eux tous, restant sur le qui vive au moindre bruit. Puis, enfin, au petit matin, une legere lueur sembla filtrer entre les planches du toit. 

Ils debloquerent la porte et sortir pour se rendre compte que la grande pierre leur avait cache le lever du soleil et que la matinee etait deja relativement avancee : certaines femmes se risquaient deja a jeter un oeil au dehors et se precipitaient pour ramener quelques oeufs de leurs maigres poules, jetant des regards inquiets de tous cotes. Dans la rue, plus aucun cadavre ne subsistait, comme si les autres creatures les avaient emmenes...

  "Bon, c'est toujours une corvee de moins!" s'exclama Heian.

  "Pauvre Roger" murmura Cadsuane apres avoir jete un regard noir au grand guerrier, "pas meme une sepulture decente ni qui que ce soit pour le pleurer"

Ils refermerent la porte correctement puis entreprirent de rejoindre la maison de Quiloe, rejoignant rapidement l'avenue de Selune qui les feraient longer les proprietes de Bonar et Zerdak avant de les amener aux ponts d'ou ils atteindraient l'autre cote de la ville... En passant devant les manoirs, ils observerent attentivement la configuration des lieux et deciderent de revenir au soir, cela leur donnerait probablement une chance de se rendre compte des activites du noble concernant les creatures...

Entretemps, tous se sentaient fatigues et avaient besoin de sommeil, ils rentrerent dormir et manger chez Quiloe, se partageant (difficilement) les chambres et le plancher...

 

Ils deciderent de passer dans le district noble de la ville avant la nuit, les gardes des ponts etant particulierement pointilleuses apres le coucher du soleil. L'ile de la haute noblesse Emerylonnienne ne tolerait pas le desordre incontrolle et les soldats se montraient extremement inquisiteurs envers les promeneurs nocturnes. Ils passerent donc quelques heures dans un petit hotel de seconde categorie qui contenait une salle de jeux, ainsi qu'un long bar et des alcoves aux lumieres tamisees ou certains des plus fortunes de la ville retrouvaient leurs amants, leur prostituee favorite ou depensaient des fortunes inimaginables aux cartes sans sourciller. 

Les plus jeunes d'entre eux, alors qu'ils vidaient leur verre etincelant avec une femme au decollete semblant en permanence menacer de ceder dans chaque bras, se complimentaient d'etre descendus dans les "bas-quartier".

C'etait sur un de ces jeunes que Moleeni et Heian avaient les yeux rives alors qu'Ambre tentait d'expliquer le plan de la soiree. Enfin, plutot sur les deux ravissantes jeunes femmes au sourire etincelant dont la jupe commencait a remonter bien au dessus des genoux.

  "Hey! Vous m'ecoutez, les pervers?" s'exclama t'elle, ramenant le mage a la conversation mais pas Heian.

  "Ouais, ouais" repondit celui-ci "on passe chez Bonar, on monte sur le toit, on casse la gueule a ce petit con et j'embarque les donzelles"

  "Tu vois" dit Quiloe en tirant le guerrier par l'epaule, "la jupe de cette fille a du passer sa mi-cuisse a peu pres au moment ou on decidait ce qu'on ferait sur le toit du vieux Bonar"

  "On monte sur le toit" completa Cadsuane "et de la, on voit ce qu'on peut voir. La maison de Zerdak est pleine de fenetres et la moitie d'un mur n'est qu'une grande baie vitree, ce serait quand meme pas de chance si on apercoit pas au moins un truc interessant..."

  "Okay, allons-y, il doit etre pres de minuit, les rues doivent etre endormies maintenant..." dit Ambre.

Ils quitterent l'hotel et se dirigerent vers leur destination. Le manoir de Bonar et celui de Zerdak etaient separes par une rue assez etroite et moins bien eclairee que l'avenue principale qui les longeait. Ils se dirigerent par la, croisant deux patrouilles de gardes, l'une d'elle appartenait a la garde de la ville, l'autre etait sans doute une garde privee pour le manoir de Zerdak car les 3 hommes semblaient clairement garder l'avant et les flancs de la propriete.

  "Continuons un peu plus loin" dis Moleeni tout bas, entrainant le reste du groupe a l'ecart du regard suspicieux des gardes. Ils tournerent encore un coin et se caserent sous le petit porche d'une belle maison dont toutes les lumieres etaient eteintes et ou de gros buissons fleuris les cachaient a la vue des patrouilles.

  "Bon, on entrera pas par la grande porte chez Bonar" dit Moleeni.

  "Passons au dessus du mur d'enceinte, retorqua Cadsuane qui s'etait quelque peu avancee dans les buissons d'ou elle avait une vue sur toute la rue jusqu'au carrefour fortement eclaire ou se trouvaient les entrees des manoirs.

  "Y'a encore un garde qui surveille ce cote-ci de la villa" dit Ambre, "meme si on ne rentre pas dans sa maison, il ne va pas nous laisser passer le mur sans rien dire..."

  "Ben on lui pete la gueule!" s'exclama Heian.

  "Ou bien tu te tais et on passe quand il ne regarde pas" lui lanca l'halfling. "Il remonte la rue pour l'instant, il ira peut etre causer a son collegue, ca nous laissera juste le temps qu'il faut pour passer le mur"

  "Et s'il reste pas?" demanda Quiloe.

  "On verra, allons-y!" dit la petite jeune femme en se precipitant hors de l'abri du porche.

Les autres la suivirent immediatement, ils n'avaient pas beaucoup de temps pour discuter. Cadsuane, habituee a se deplacer discretement dans les rues de la ville se faufila rapidement jusqu'au mur et, en deux temps trois mouvements, se accroupie au dessus. Les autres arriverent derriere elle et commencerent a grimper simultanement, cote-a-cote. Quiloe parvint sans mal au sommet qu'elle enjamba souplement, attendant ses compagnons pour les aider quand un gros POF se fit entendre sous elle. Quand elle se retourna, elle vit les trois autres, l'air ahuri, assis sur leurs cul dans les herbes qui bordait la route.

  "Mais vous etes nuls!!" s'exclama t'elle tout bas, "Vite, trouvez un truc pour regrimper!"

  "Hey, mais..." murmura Ambre en fouillant dans sa sacoche, "J'ai un grappin, moi!" termina-t'elle en sortant une corde fixee a un grappin.

  "Mais moi aussi!" dit Heian en sortant le sien

  "Heuu... moi aussi en fait..." dit Moleeni en ramenant le sien de son propre sac.

Ils lancerent leurs grappins et les deux femmes sur le mur les attraperent afin d'en etouffer le bruit puis les coincerent rapidement dans la pierre.

  "Vite, je l'entend qui revient!" dit Quiloe en tirant Ambre de l'autre cote du mur. Cadsuane sauta a bas du mur, dans le jardin, emmenant la corde de la jeune femme avec elle. Un instant plus tard, les trois autres les rejoignaient souplement et ils resterent sans bouger. Tous entendirent les pas precipites du garde arriver a leur hauteur et le grommellement de l'homme quand il ralentit, juste de l'autre cote de la pierre.

  "Qu'est ce que c'etait que ce truc..." murmura-t'il en tentant de distinguer ce qu'il avait cru voir bouger au dessus du mur depuis le bout de la rue. A 50 cm de la, les cinq compagnons se tenaient sans bouger, dos a la pierre, respirant a peine... jusqu'a ce que le garde laisse tomber et reprenne sa patrouille...

  "On l'a echappe belle" dit Cadsuane en se relevant.

Autour d'eux, le jardin de Bonar s'etendait, tres mal entretenu dans les derniers mois, il n'etait plus qu'un reflet de sa splendeur passee... Ils se dirigerent silencieusement vers la maison et trouverent rapidement une porte que la petite halfling put crocheter. La porte grinca sur ses gonds quand ils entrerent dans le hall poussiereux. Les rayons de la lune filtrait a travers les rideaux et leur procurait juste assez de lumiere pour se deplacer.

  "On voit rien ici, allume ton baton Moleeni!" dit Heian.

  "Imbecile, si on fait de la lumiere ici, on est surs de se faire voir!" repondit le mage.

Ils n'en avaient sans doute pas besoin mais ils murmuraient toujours. Ils passerent silencieusement dans le grand hall d'entree et monterent les escaliers. En passant devant la chambre ou ils avaient rencontre Derrick, Heian fut pris d'un fou-rire.

  "Qu'est-ce qui te prend?" siffla Ambre.

  "Je repensais a Derrick, le plus grand detective d'Emerylonn" repondit Heian, "la tete qu'il a fait quand Quiloe l'a foutu dehors!"

Tous sourirent en repensant a l'escroc qu'ils avaient rencontre la veille. Cela semblait remonter a un siecle! Ils arriverent dans le grenier qui avait ete vide du cadavre de Bonar mais une forte odeur de skooma regnait encore dans la piece. Ils monterent sur le toit par la trappe qui s'ouvrit sans un bruit. Quiloe s'approcha du bord, regardant ela rue en contrebas. Le garde continuait sa ronde le long de la rue sombre.

  "Merde" s'exclama Moleeni en fixant le grand manoir de Zerdak "evidemment, rien a voir..."

La grande demeure qui s'elevait de l'autre cote de la rue comportait une enorme baie vitree qui en faisait le coin, partant de plus ou moins 4 metres du sol pour rejoindre les gouttieres du toit, a plus de dix metres de haut. Face a eux, le mur pratiquement lisse n'etait qu'entrecoupe par endroit de quelques fenetres et d'une large porte de service devant laquelle se tenait le garde pour l'instant. Le toit lui-meme, barde de tuiles epaisses comportait plusieurs lucarnes donnant sous les combles.

  "Ca n'a pas de sens de rester ici, on ne verra rien, toutes ces fenetres ont l'air de donner dans des chambres..." dit Ambre doucement.

  "Et quoi, on va pas se casser et avoir fait tout ca pour rien" enchaina Heian en s'asseyant lourdement sur une poutre. 

  "Non, je vais entrer" repondit Cadsuane qui n'avait pas quitte le toit des yeux pendant leur conversation.

  "T'es dingue, c'est bien trop dangereux!" lui repondit Ambre

  "Mais non, je passe la rue, je rentre dans le grenier, je jette un coup d'oeil puis je ressort avant d'avoir le temps de compter jusqu'a 10! C'est parfait!" 

Ils evaluerent leurs options et finirent par opter pour le plan de Cadsuane. Quiloe attacha alors la corde d'un de leurs grappins au dos d'une de ses fleches, en passa le bout a Heian en lui intimant de ne pas le lacher et encocha. Moleeni murmura alors un mot qu'aucun d'eux ne comprit et un son de verre brise se fit entendre au coin le plus distant de la maison. Le garde se precipita dans cette direction tandis que Moleeni faisait signe a Quiloe de se depecher. Celle-ci banda son arc du plus fort qu'elle put, prevoyant la trajectoire de sa fleche alourdie par le poid de la corde. La poutre qui depassait du faite du toit etait large et pas separee de plus de 10 metres...

La fleche vola a travers les airs et se ficha profondement dans le bois avec un TCHAK bruyant. Ils resterent sans bouger une seconde, attendant de voir si le garde revenait sur ses pas mais il venait d'atteindre le coin de la rue et passa derriere le mur...

  "Depeche-toi" dit Heian a l'halfling en tendant la corde.

  "Me lache pas!" dit celle-ci en se suspendant a celle-ci et en commencant a traverser.

Elle traversa rapidement la rue et posa le pied sur les tuiles de terre cuite. Comme une ombre, elle se glissa jusqu'a la premiere lucarne, fit rapidement sauter le loquet qui ne servait en principe qu'a maintenir la fenetre contre le vent, pas contre les voleurs et disparut a l'interieur...

Sur le toit de Bonar, Heian coinca la corde sous une grosse brique et s'assit par terre.

  "Esperons que tout se passe bien" dit Ambre en s'asseyant egalement au sol.

  "Surement, elle pese peut-etre 200 grammes, c'est pas elle qui va faire grincer le plancher..."

Et ils attendirent. Le temps passa, 5 minutes, puis 10 quand des pas precipites se firent entendre dans la rue en dessous. Quiloe et Moleeni se rapprocherent du bord pour voir le garde courir vers la porte d'entree en appelant son collegue. C'est a ce moment qu'ils virent l'ombre de la corde projetee par la lune couper la rue en deux : le garde l'avait reperee!

  "Merde, il faut la prevenir, elle doit sortir de la!" dit Quiloe.

  "Pas le temps, il doivent deja etre rentre, elle est surement dans le grenier deja de toute facon..."

Ils attendirent, anxieux, la suite des evenements...

 

Dans la maison, Cadsuane avait traverse un enorme grenier encombre de nombreuses malles et meubles poussiereux, de vetements luxueux et de coffre de voyage. Elle avait trouve une trappe menant a l'etage en dessous et l'avait doucement entrouverte : le couloir dessous etait desert et obscur. Elle descendit l'echelle raide en maintenant la trappe ouverte puis remonta silencieusement le couloir. Seule une fenetre tous les 4 metres laissait passer la lueur de la lune d'un cote. De l'autre, des portes a travers lesquelles ne filtrait aucun son... Alors qu'elle etait a mi-longueur du couloir, des bruits de pas se firent entendre derriere le coin. Elle se precipita vers l'une des portes qui s'ouvrit directement et entra dans une chambre sombre ou se decoupait la silhouette d'un grand lit a baldaquin vide. Regardant par le trou de la serrure, elle vit la lumiere d'une flamme eclairer le mur d'en face puis un homme passa, alluma un chandelier fixe dans le mur et continua son chemin. Elle l'entendit entrer dans une des pieces plus au fond puis refermer la porte derriere lui. Cadsuane remercia les dieux qu'il n'ai pas remarque la trappe entrouverte...

Elle ressorti dans le couloir eclaire de plusieurs chandeliers desormais et reprit son chemin. Arrive au bout du couloir, elle vit qu'elle se trouvait au coin de la grande batisse donnant sur la baie vitree. Devant elle, un grand escalier descendait en colimacon dans un spacieux hall, inonde de la lumiere des lampadaires de l'avenue qui passait a travers les enormes fenetres qui couvraient tout un pan de la facade. Dehors, elle pouvait voir une patrouille de garde de la ville discuter avec quelqu'un qu'elle ne pouvait voir car il etait trop pres du porche, probablement le garde de la porte. Elle descendit doucement les marches de l'escaliers, passa un etage et arrivant au rez-de chaussee au moment ou, dehors, le garde remarquait l'ombre de la corde sur le sol. Eut-elle ete quelques secondes plus lente, elle l'aurait peut-etre vu accourir a travers la baie vitree...

Alors qu'elle se dirigeait vers le fond du hall, elle entendit une plainte familiere venir de sous l'escalier. Elle revint sur ses pas. Si le colimacon etait principalement soutenu par des colonnes qui rendait la structure plus legere, les premieres marches etaient posees sur une lourde structure de pierre couverte en partie de grandes toiles. A travers la pierre, elle reconnut le hurlement d'une creature frappee par le manque de skooma... Elle inspecta la pierre, centimetre par centimetre jusqu'a, finalement, sentir un leger souffle d'air sur sa paume. Quelques instants plus tard, elle trouvait le mecanisme d'ouverture et la pierre s'ouvrit lourdement avec un fort chuintement d'air sur un escalier humide qui descendait dans les profondeurs obscures des fondations.

  "He bien, on dirait qu'on tient une voleuse! Tu vas voir ce qu'on reserve aux fouines dans ton genre!" tonna une voix derriere elle.

Cadsuane se retourna en sursautant : tellement occupee par son exploration, elle avait perdu son attention et le garde etait parvenu a se glisser jusque derriere elle sans qu'elle le remarque... Elle ne perdit pas de temps en discussion en, se jetant entre les jambes du garde, se precipita vers l'escalier. Helas, un deuxieme garde l'attrapa alors par l'epaule et l'encercla de ses bras epais.

  "Viens m'aider, imbecile!" tonna son adversaire au premier garde.

  "Ca va, c'est qu'une gamine!" repondit celui-ci en se dirigeant vers eux nonchalament.

  "Elle se debat comme une furie, je vais..." commenca t'il quand Cadsuane, qui n'avait cesse de se debattre, parvint a trouver un espace dans le coude de l'homme pour liberer son bras, elle degaina une dague et la planta rapidement dans le flan de l'homme. La blessure n'etait pas profonde mais elle surpris le garde qui la lacha. Sans perdre un instant, la petite halfling prit ses jambes a son coup et remonta les marches 4 a 4, elle arriva au deuxieme etage avec les deux hommes sur les talons. A une vitesse surprenante pour ses petites jambes, elle traversa tout le couloir, poursuivie par les cris derriere elle et les pas lourds des humains. Dans les chambres, certaines personnes semblaient se reveiller. Elle escalada l'echelle et poussa la trappe pour traverser le grenier, derriere elle, les hommes montaient deja l'echelle alors qu'elle atteignait la lucarne. Elle passa sur le toit, se retourna juste a temps pour voir la poigne d'un des gardes qui avait degaine une epee courte tenter de l'attraper. 

Elle n'aurait pas le temps de passer par la corde, elle prit son elan, courut du plus vite qu'elle le put sur les tuiles pentues. De l'autre cote du vide, ses compagnonslui faisaient signe de se depecher. Arrivee au bord du toit, evitant de prendre le temps de reflechir, elle sauta, prenant appui de son pied sur la corniche. Son saut sembla durer une eternite, toute l'action lui paraissant ralentie par la montee d'adrenaline. Elle eut le temps de voir une fleche fuser au dessus de sa tete ainsi qu'une etrange boule coloree envoyee par Moleeni. Elle eut le temps de voir qu'elle ne parviendrait pas de l'autre cote, le visage d'Heian qui tenait encore la corde tendue (imbecile, ca ne sert a rien, tu ne vois pas que ca fait 2 heures que je saute? pensa t'elle). Puis elle tomba, a moins d'un metre du bord du toit, elle allait s'ecraser au sol quand une main puissante lui attrapa le poignet, lanca une douleur fulgurante dans son epaule. En levant les yeux, elle vit la longue chevelure rousse d'Ambre encadrer son sourire nerveux.

  "Joli saut mais t'as encore du boulot pour les jeux d'Icewind Dale..."

  "Allez, depechons, la garde de la ville vient d'entrer dans le manoir de Bonar et les gardes de Zerdak ne vont pas se laisser intimider longtemps a leur fenetre!" Dit Quiloe.

  "Suivez-moi!" ordonna Moleeni en se dirigeant vers le cote le plus eloigne du toit qui donnait sur un petit chemin isole, loin e contrebas. 

Il fit apparaitre une disque translucide sur lequel il sauta et leur fit signe de le suivre. Ils sauterent tous dessus et le disque descendit rapidement jusqu'au sol du chemin d'ou ils commencerent a courir pour prendre leurs distances avec les deux manoirs qui resonnaient des cris des gardes. 

Quand ils furent assez loin, ils se poserent sur un banc, adosse au mur d'une echoppe de nourriture fine, essoufle. Heian dit alors, se tournant vers Moleeni, entre deux inspirations :

  "Et pourquoi exactement est-ce que t'as pas fait cet espece d'ascenceur les 10 autres fois ou on en avait besoin ce soir?"

Par Flagg - Publié dans : Conséquences
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 21:32
  "Ca c'est un gros caillou!" s'exclama Heian au pied du promontoire rocheux.
  "J'imagine que c'est pour ça qu'on la surnomme 'la grande pierre'..." ironisa Moleeni.
La grande pierre était un énorme rocher de plus de 50 mètres de haut qui jaillissait du sol au milieu du quartier le plus pauvre de la ville, à mi-chemin des quartiers suspendus à l'est de la cascade. Son inclinaison faisait qu'elle surplombait un petit quartier de maisons décrépites qui n'étaient éclairées que par le soleil couchant. 
Roger, l'homme qu'ils cherchaient d'après les indications de Martino, vivait contre la paroi rocheuse, à l'endroit le moins éclairé de tous. Se faisant guider par un gamin qui espérait une piecette, ils arrivèrent bien vite dans une ruelle au bout de laquelle pourrissait une vieille cabane en bois à une seule fenêtre.
  "Allez jarte de là, gamin!" gronda Heian, intimidant leur pauvre guide qui manqua s'étaler de tout son long en reculant, effrayé.
Quiloe, Ambre et Moleeni se dirigeaient déjà vers la porte tandis que Cadsuane jetait un regard meurtrier au guerrier en tendant une pièce d'argent à l'enfant qui faisait pratiquement sa taille. Celui-ci empocha la pièce, lui fit un petit sourire et s'enfuit en courant.
  "Quel besoin t'avais de lui faire peur?" demanda t'elle à Heian en rattrapant les autres. 
 "Faut toujours faire peur aux gens, même si c'est des gamins! Ca entretient ta réputation, Cadsuane!" répondit le guerrier d'un ton professoral.
  "Quelle réputation? Celle d'un gars qui sait effrayer des gosses?"
  "Taisez-vous!" intima Ambre quand ils les rejoignirent. "Il est là mais ne veut pas nous laisser entrer! Il dit qu'on va le tuer... Moleeni essaie de le raisonner" 
En effet, Moleeni, appuyé contre le chambranle de la porte tentait de parler au propriétaire des lieux.
  "Mais enfin, Roger. (Je peux t'appeler Roger?) Si je voulais te tuer, il me suffirait de défoncer la porte de ta cabane et à te foutre le feu. Ou même à foutre le feu à ta cabane et tu brûlerais dedans... C'est logique, non?"
  "Laissez-moi!" répondit la voix erraillée d'un homme en larme de l'autre côté de la cloison. "Je sais bien que vous êtes accompagnés de ces... créatures!"
  "Roger," commença Cadsuane en s'approchant de la porte, "Je vous promet que nous ne sommes seuls et nous ne vous voulons pas de mal! On veut juste vous poser une petite question..."
  "Je me moque de votre question! Si vous n'êtes pas l'une d'entre elles, vous êtes avec LUI!" 
  "Qui ça, 'lui'?" demanda Quiloe d'un ton autoritaire en frappant un coup sur la porte.
Roger hurla de peur dans sa cabane "Laissez moiiiiii!!!"
Pendant que Cadsuane essayait de calmer le pauvre homme, Ambre s'écarta de la cabane, rejoignant Heian.
  "Ce vieux camé ne nous laissera pas rentrer..." dit elle au guerrier assit sur un rocher, dos au soleil qui disparaissait derrière le sommet de l'autre versant de la ville.
  "Ben j'aurais bien une façon qui marcherait..."
  "Non! Tu vas juste défoncer cette porte et le frapper jusqu'à ce qu'il parle. Ca ne marcherait pas avec ce type!"
  "Mais non, c'est plus subtil! Et je parie que j'y arrive mieux qu'eux" continua t'il en pointant du doigt leurs trois compagnons qui tentaient de raisonner Roger à travers la porte. Moleeni tentait d'entrainer Quiloe un peu à l'écart de la porte pour ne pas que ses sautes d'humeur de refasse peur au vieil homme.
  "Alors ça, ça m'étonnerait! Je serais près à parier que tu n'y arrives pas!" s'esclaffa Ambre.
  "Ha ouais? On parie combien?" demanda Heian, jouant avec une branche dans la poussière.
  "5 pièces d'or que tu n'y arrives pas sans défoncer cette porte et ce gars."
  "Disons 10 pièces d'or que j'y arrive en moins d'une minute!"
  "vendu!" répondit Ambre, regrettant instantanément sa décision en voyant l'air satisfait du guerrier qui se relevait, époussetant son pantalon.
Heian se dirigea vers la cabane, Ambre sur les talons.
  "Comment tu veux faire?" demanda Ambre. "Si tu triches, le pari ne vaut pas!"
  "Le truc avec les camés, c'est qu'il n'y a qu'une seule chose qui les intéresse..."
Ce disant, il était arrivé devant la porte où Cadsuane faisaient de grands gestes silencieux pour exprimer son exaspération devant le vieil ermite buté. 
  "commence à compter" murmura Heian à Ambre avant d'entonner "Hey, Roger!"
  "Laissez moi, je vous dis! Foutez-moi la paix!"
  "Si tu nous laisse entrer, je t'offre un cadeau!" 
  "Rien à foutre de vos cadeaux, vous ne pourriez rien m'offrir d'intéressant!"
  "Ha oui? Ecoute bien..."
Tous firent silence tandis que le guerrier sortait mystérieusement une petite fiole de son sac et en ouvrait le bouchon avec un petit 'pop'.
La porte s'ouvrit instantanément avant même que l'odeur répugnante du skooma ne monte à leurs narines.
  "Donnez la moi!" hurla Roger, un vieillard paraissant encore plus vieux à cause des plaques d'urticaire qui couvrait une moitié de son visage et ses cheveux hirsutes où les puces semblaient grouiller par milliers. 
Le blanc de ses yeux avait cette même teinte grisâtre que ceux de la mère de Quiloe avant qu'elle ne meure.
  "Tu me dois 10 pièces, rouquine!" s'exclama Heian en tenant la fiole hors de portée de l'homme gesticulant autour de lui.
  "Tu l'auras dès que tu nous auras répondu!" dit Moleeni calmement, retenant le pouilleux à distance à l'aide de son bâton.
Roger se calma un peu. Le soleil venait de disparaître complètement derrière l'horizon et l'obscurité commençait à s'installer sous la grande pierre. Partout dans le quartier, des mères appelaient leurs enfants d'une voix plus concernée que la normale...
  "Bon, qu'est ce que vous voulez?" demanda Roger sans quitter la petite bouteille remplie de skooma des yeux.
  "On veut savoir qui est Magnus." dit Quiloe.
  "Laissez tomber!" répondit-il, "Vous ne voulez pas rencontrer cet homme. Si la moitié de ce que je sais est vrai, il est la mort incarnée..."
  "On va tenter notre chance, je crois." reprit Ambre "Répond-nous, tu l'auras ta fiole et tu ne nous verras plus, qu'est ce que tu as à y perdre?"
  "Plus personne ne vous reverra, c'est sur..." murmura Roger, ses pupilles semblant s'élargir jusqu'à mordre dans le blanc de ses yeux. "Magnus est connu. Il est puissant... Vous l'avez peut être même déjà vu..."
  "Qui est-ce, Roger?" demanda Cadsuane.
  "Un des nobles les plus importants de la ville... le sieur Zerdak!"
  "Zerdak?" s'exclama Ambre, "celui dont le manoir est le long de la grande avenue, un jeune homme, c'est ça?"
  "Lui-même... maintenant, donnez-la moi!"
  "D'abord, dis-nous pourquoi est-il si dangereux?" demanda Moleeni quand soudain, venant de plusieurs ruelles environnantes, retentirent des hurlements à glacer le sang.
Tous se retournèrent, leurs armes déjà en main. Roger, rapide comme un serpent, se jeta sur la main d'Heian et lui arracha la fiole de skooma des mains avant de courir se réfugier dans sa cabane, laissant la porte ouverte dans son dos.
Les 5 compagnons se mirent en position. Moleeni et Quiloe reculèrent un peu et s'arrangèrent pour qu'Ambre et Heian, restés devant, ne soient pas dans la ligne de tir de leurs flèches et de leurs sorts. Cadsuane, elle, se glissa derrière un tas de buches infestés de cloportes et attendit, ses dagues dans ses mains, prête à frapper.
  "Les voilà!" murmura Ambre quand une silhouette d'apparence humaine déboula en courant au coin d'une ruelle, vite suivie par une autre, puis une autre encore. Sans ralentir, elles tournèrent vers les aventuriers et avalèrent l'espace qui les séparaient. De toutes les ruelles, d'autres créatures sortaient et se dirigeaient vers eux. 
Soudain, une flèche fusa au dessus de la tête d'Ambre et se ficha dans le torse d'une des créatures qui s'arrêta net pour regarder la hampe de bois sortir entre ses pectoraux. Mais elle reprit directement sa course, peu frênée par la blessure. Puis, une série de petite boule lumineuses remontèrent la ruelle en tourbillonant sur elles-mêmes, s'écrasant sur les créatures aux yeux d'un noir de jais et leur arrachant des hurlements de douleur. Une deuxième flèche vola, se fichant dans le ventre de la cible de Quiloe et la faisant tomber à la renverse pour de bon. D'autres missiles magiques volèrent vers les assaillants et deux de plus tombèrent au sol, perclus de brulûres avant que le reste du groupe n'atteigne les deux guerriers.
Heian et Ambre se jetèrent à corps perdus dans la bataille. A 1 contre 3, le combat n'était pas aisé mais la lame du guerrier transperça immédiatement un des zombies alors qu'Ambre, d'une volte de son corps, écrasa son talon contre la tempe d'une autre. Se glissant hors de sa cachette dans le dos des 2 créatures faisant face à Heian, Cadsuane courut, tranchant d'un coup de dague le tendon d'achille de la première, la faisant tomber au sol avant de sauter sur le dos de la deuxième en s'accrochant aux lambeaux de ses vêtements avant de planter sa lame de toute sa longueur dans le creu du coup du monstre qui hurla en se débattant, répandant du sang noirâtre et poisseux partout alentours. 
Ambre frappa encore d'un coup de poing bien plaçé la chose qui lui faisait face, écrasant sa pomme d'adam sous le choc avant de se retourner pour rattraper les 3 autres qui l'avaient dépassée et se dirigeaient vers Moleeni. Elle plongea en avant, faisant tomber sur son ventre la plus proche qui avait apparemment été une femme autrefois et, s'accroupissant sur son dos, lui attrapa la tête et la fit tourner d'un coup sec à 180 degrés, faisant face à ses horribles yeux. Devant elle, elle vit Moleeni placer ses deux main sur le visage de la première créature, évitant les morsures de justesse. Les mains du magicien s'enflammèrent soudain et les flammes se répandirent à toute vitesse dans les cheveux et la face du monstre qui recula d'un pas en hurlant . Hélas, il était trop tard pour empêcher la dernière créature d'atteindre le mage qui tenta de se jeter de côté pour éviter la charge mais fût un peu trop lent. La chose se jeta sur lui, l'applatissant sur le dos et tentant par tous les moyens de le mordre ou de le frapper. Pour chaque coup que Moleeni parvenait à éviter, deux autres passaient et le pauvre ne tiendrait pas longtemps à ce rythme. Ambre se releva pour se précipiter à sa rescousse quand une main agrippa ses longs cheveux dans son dos et la fit retomber en arrière. 
Quiloe vit 3 créatures sortir d'une autre ruelle presque dans leurs dos mais elles se dirigèrent vers la paroi rocheuse de la pierre, au fond de la cabane et elle préféra s'occuper du magicien, aussi insensible soit-il. Elle attrapa la chose qui le retenait au sol par les cheveux et, de l'autre main, lui enfonça la pointe d'une flèche dans l'oeil, répandant un pus malodorant sur la tunique de Moleeni.
  "Attention!" cria Moleeni tandis qu'elle l'aidait à se relever.
Il pointa sa main par dessus l'épaule de la jeune femme et deux rayons d'un lumière blanche aveuglante en jaillirent, frappant de plein fouet les deux créatures qui avaient déjà les mains tendues vers le cou de Quiloe.
Cadsuane, sautant au bas de sa dernière victime, vit Heian qui, d'un mouvement, détacha son épée du corps de la chose dont elle avait coupé les tendons et lui fit terminer sa course sous le menton d'une autre qui arrivait sur son côté. Le guerrier avait l'air de s'en sortir mais Ambre s'était faite agripper par un autre zombie et deux autres s'étaient jetés sur elle, l'un d'eux mordant sa jambe à travers  son pantalon, l'autre qui encaissait les coups de la jeune femme, tendant les mains vers son visage. 
Elle voulu sauter sur le dos de ce dernier qui était déjà accroupi au sol mais il se retourna au dernier moment et un violent coup de coude au coin de la bouche la fit rouler au sol. Avant qu'elle aie eu le temps de reprendre ses esprits, elles sentit les doigts griffus contre sa nuque et le gout cuivré du sang dans sa bouche. Soudain, un choc sourd et la tension sur son cou se relâcha. La tête de la créature tomba au sol, juste en face de son visage éclaboussé de sang noir. Heian l'aida à se relever tandis qu'Ambre, d'un violent coup de rein, envoya ses deux pieds dans le visage de la créature qui lui bouffait la jambe au moment où une flèche transperçait le front de la dernière qui l'agrippait par les cheveux.
  "Mais qu'est ce que c'est que cette merde?" hurla Ambre, se tenant la jambe pour arrêter le saignement.
  "Le vieux!" cria Quiloe, se souvenant des trois derniers zombies qui avaient longé la cabane un peu plus tôt.
  "Roger!" cria Cadsuane en se précipitant vers la cabane, une halfeling couverte de sang précédée par un mage fort abimé.
Dans la seule pièce de la cabane, une des créatures gisait, morte sur le sol, les deux autres se battaient sur un morceau d'intestin arraché au ventre ouvert de Roger. De la main de Moleeni jaillirent de nouveau les deux rayons de lumière aveuglante qui frappèrent les deux créatures dans le dos. Elles prirent feu instantanément et moururent avant même d'avoir le temps de crier.
Cadsuane s'approcha du vieil homme. Son cadavre était couché sur le dos, encore serré dans une main se trouvait la fiole d'Heian, vide. Sur son visage, Roger portait un sourire resplendissant.
  "Tu l'auras eue ta dernière dose, mon gars..." murmura Moleeni.
  "Tu me dois 10 pièces d'or, rouquine!" dit soudain Heian, brisant le silence.
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 13:16
  "Mais Kes'vous voulez, ptain?" geint le jeune dealer, se relevant péniblement, le dos contre le socle de la statue.
La sirène représentée était saisissante de réalisme avec sa queue de poisson qui s'enroulait autour du sommet du piédestal rocheux sur lequel elle semblait posée, ses cheveux flottant dans une bourrasque immobilisé par les ciseaux de l'artiste. 
Ambre se dit qu'il était étonnant qu'une telle oeuvre d'art se trouvait perdue sur une si petite place au milieu d'une zone industrielle de la ville. De plus, la construction de nouveaux entrepots avait dévié la majeure partie de la circulation par de plus grands axes, réduisant encore les admirateurs potentiels et attirant ainsi la racaille comme ce gamin : Martino.
Heian se dit qu'il était dommage que ces abrutis d'artistes ressentent toujours le besoin de cacher les plus beaux attributs d'une femme par une mèche de cheveux bien malvenue...
  "On veut juste que tu nous donne quelque infos, gamin!" dit Moleeni d'un ton enjoué, aidant l'adolescent à se relever du coup que lui avait décoché Quiloe avant même d'engager la conversation. Cadsuane la retenait maintenant en arrière, laissant les autres mener l'interrogatoire.
  "Chuis pas une balance, bande de trouducs! Rien à foutre, moi!" cracha Martino en se secouant de l'étreinte de Moleeni.
  "Ho, il m'énerve déjà" grogna Ambre en s'approchant. "Ecoute petit, on a juste besoin de quelques informations sur ton ancien business. Si tu répond bien, tu t'en sortiras bien, sinon, on va te laisser au prise de notre pote là derrière." continua t'elle en désignant Heian qui fit mine de rugir.  "Il n'est pas très futé mais il tape très fort et tu finiras par nous dire ce qu'on veut savoir..."
Heian arrêta ses mimiques et se renfrogna en fixant Ambre méchamment du regard.
  "Ou sinon," enchaina Moleeni, "je pourrais aussi te faire parler en te collant ma main sur la gueule!"
Martino partit d'un éclat de rire qui mourru dans sa gorge quand une petite boule enflammée se matérialisa dans la main du mage.
  "Et Kes vous voulez savoir?"
  "Le skooma, d'où le recevais-tu?"
  "Mais c'est fini, le skooma, ptain, y'en a plus, nos fournisseurs ont dégagé! C'est le Kayu maintenant..."
  "Oui, on sait mais d'où le recevais-tu?" enchaina Ambre.
  "D'un îlien, zyva, j'allais l'voir au port quand j'étais à sec..."
  "hmm, et Magnus, ça te dit quelque chose?" demanda Ambre.
  "Nan, connais pas" répondit nonchalament le dealer. "Nan, ptain, chais pas, j'vous dis!!" s'écria t'il quand Moleeni rapprocha suffisemment sa main de son visage pour qu'il sente la chaleur du feu.
  "Ok, ça va!" lui dit le mage en écartant un peu sa main. "Est-ce que t'avais des clients nobles, peut être?"
  "Ouais, et alors? Y s'appelle pas Magnus.."
  "Et comment s'appelle ce brave homme?" continua le mage
  "Chuis pas une balance, connard..."
Moleeni sourit.
Dix minutes plus tard, les compagnons marchaient le long de l'avenue de Selune qui traversait tout le quartier noble en remontant du pont de Selune jusqu'à la porte du levant. Toute cette avenue était longée par de gigantesques manoirs en pierre, des hôtels de luxe remplaçaient les auberges des quartiers moins huppés et la garde était présente  à chaque coin de rue, surveillant de près l'incessant ballet de caravanes qui montait et descendait du port, se dirigeant vers d'autres villes à l'intérieur des terres. Des dizaines de mendiants venant des quartiers suspendus venaient quémander la pitié de nobles, assis le long des batiments sur de vieilles couvertures.
  "Je pense que t'aurais pu éviter de faire ça..." lança Cadsuane à Moleeni.
  "Bah, il s'en remettra, c'est pas pour quelques cheveux roussis qu'il va mourir..." répondit le mage, toujours souriant, "Et on a même eu plus d'infos qu'on en voulait: le noble Bonard et ce Roger qui vit sous la grande pierre..."
  "Et de toute façon, ce petit con méritait bien ça, rien que sa façon de causer me les brisait menues..." enchaîna Heian.
Cadsuane ne les relança pas, admettant que le jeune dealer méritait tout de même bien une bonne leçon...
  "Bon, ce bonard est censé être un voisin de Zerdak qui habite dans cette énorme manoir qui fait le coin là bas" dit Ambre en pointant une splendide demeure à colonnade entourée d'un haut mur  d'enceinte.
  "Ha, j'ai peur que le Bonar ne soit pas fort disponible..." dit Cadsuane en ralentissant le pas...
Plusieurs gardes montaient la garde devant la porte grand ouverte d'un manoir dont le toit était en rénovation. Aucun ouvrier ne travaillait en ce moment. De nombreux badeaux tentaient de se rapprocher suffisemment du perron pour avoir une bonne vue à l'intérieur...
  "Les gardes ne nous laisserons pas passer." Dit Quiloe, "Attendons que les badeaux se soient dispersés, on pourra plus facilement les convaincre..."
Tous furent d'accord d'attendre un peu. Deux heures plus tard, à part quelques curieux qui ralentissaient le pas, tous les curieux étaient retournés à leurs occupations, déçus de ne pas avoir aperçu au moins une coulée de sang. Le petit groupe se rapprocha alors des deux gardes restants. Se faisant passer pour une membre de la famille du défunt, Ambre les persuada de la laisser entrer dans la résidence en compagnie de ses amis.
  "Le détective est déjà à l'intérieur!" lui lança le garde.
Surprise de la présence d'un détective, Ambre préféra ne pas relever et remercia le garde. A l'intérieur, sur les informations du garde, ils montèrent jusqu'au dernier étage où le cadavre de Bonard avait été trouvé, pendu à une poutre.
Au premier étage, ils trouvèrent le détective. Celui-ci était occupé à fouiller les tiroirs d'un petit secrétaire. Ses yeux étaient tellement cernés qu'ils semblaient prendre la moitié de son vieux visage ridé. Il portait une grande cape défraichie sur laquelle tombaient ses cheveux blancs mi-longs...
  "Puis-je savoir ce que vous faites?" demanda Moleeni dans le dos du détective qui ne les avait pas encore remarqués. 
Ce dernier sursauta et se retourna d'un air coupable avant de se reprendre.
  "He bien... Je pourrais vous retourner la question! Qui donc êtes-vous?" dit-il en s'avançant vers eux d'un air autoritaire.
Moleeni ne se démonta pas et fit face à son interlocuteur:
  "Nous accompagnons mademoiselle ici présente de la famille de la victime!" dit il en désignant Ambre.
  "Haa, mademoiselle, une bien triste nouvelle, je dirais! Je suis vraiment désolé de la perte que..."
  "Oui, oui, merci!" le coupa Ambre, peu d'humeur à jouer cette comédie trop longtemps. "Montrez-nous plutôt le cadavre!"
Sans plus de discussions, le détective les mena à travers les couloirs de la maison, cherchant visiblement son chemin.
  "Je croyais le cadavre au dernier étage, détective..." fit remarquer Cadsuane alors qu'ils passaient devant l'escalier pour la deuxième fois.
  "Heuu, oui, évidemment!" hésita l'homme. "On s'y perd dans ces grandes demeures, n'est-ce pas?"
Il emprunta alors l'escalier où le petit groupe le suivit.
  "Comment avez-vous dit que vous vous appeliez déjà?" demanda Ambre alors qu'ils débouchaient enfin au dernier étage.
  "Derrick! Je suis l'inspecteur Derrick! J'appartient à la guilde très renommée des détectives"
  "J'ignorais qu'il y avait une guilde des détectives à Emerylonn..." ft remarquer Moleeni.
  "Moi aussi..." murmura Quiloe, pourtant native de la cité.
  "Haa mes bons amis, la guilde est pourtant fameuse en grande partie grâce à moi! Je suis en effet le plus grand détective de toute la ville! Rien ne m'échappe! Les nobles s'arrachent mes services quand il s'agit de retrouver un objet volé, un membre de la famille disparut ou que sais-je d'autre..."
  "Pourtant, vous venez de nous faire passer devant la pièce où se trouve le cadavre, "messire" détective..." glissa Cadsuane d'un air un peu absent en s'arrêtant devant l'encadrure d'une porte d'où on voyait pendre un cadavre qui tournait doucement au bout de sa corde attachée à une poutre du plafond...
Tous entrèrent dans la pièce, faisant peu attention aux explications du détective. Celui-ci leur affirmait avoir rapidement opté pour la thèse du suicide grâce à une série d'indices intelligemment découverts. Curieusement, la corde venait en première ligne et les nombreux autres ne valaient pas la peine d'être énoncés. 
  "Vous avez vu ses yeux?" demanda Quiloe en désignant le visage tordu de souffrance du cadavre. 
Ses yeux ouverts étaient presque entièrement noirs et des trainées grisâtres apparemment laissées par des larmes sillonaient ses joues.
  "Comme ta mère, ouais!" répondit Heian, de manière fort délicate.
Cadsuane le fusilla du regard mais ne dit rien.
  "Si vous n'avez plus besoin de moi, je vais m'en aller, je crois! J'ai une enquête à poursuivre!" dit Derrick en se dirigeant vers la porte.
  "Quelle enquête, inspecteur?" demanda Ambre. "Je croyais que l'affaire était résolue : c'est un suicide!"
  "Heuu, oui mais. Il faut réunir des preuves et des documents et de  nombreuses choses essentielles pour l'enquête sans parler du paiement!"
  "Le paiement?" demanda Moleeni, d'un ton amusé.
  "Oui, vous comprenez bien que ce genre de travail demande de nombreuses démarches, du temps et... Et la guilde demande une quote part énorme sur mon travail, je dois nourrir une famille, vous savez."
  "Et à combien s'élèvent vos honoraires, cher ami?" demanda le mage "Car j'imagine que ce sera à la famille de payer, en l'occurence, notre compagne ici présente..." 
  "En voilà assez!" explosa Cadsuane. "Vous n'êtes qu'un escroc, Derrick! Vous profitez du malheur des autres pour vous introduire chez eux et vider leurs tiroirs! Et qui plus est, vous cherchez à vous faire payer pour les escroquer une deuxième fois! Sortez d'ici immédiatement avant que je n'appelle la garde! Ils vous feront croupir en prison, à la place que vous devriez occuper!"
  "Mais enfin, du calme mademoiselle, je ne fais que mon travail! Et vous comprendrez que..."
  "Je crois que la petite demoiselle à raison, messire." coupa Moleni. "Gardez ce que vous avez dans les poches et disparaissez! Vous pourriez nous attirer des ennuis que nous ne voulons pas avoir..."
  "Bien que je ne comprenne pas de quoi vous voulez parler..." commença le vieil homme
  "Foutez le camp!" Ordonna Quiloe en se campant devant lui d'un air menaçant, les poings serrés.
Derrick dévisagea ses interlocuteurs et, prenant un air aussi digne que possible, sortit de la pièce sans dire un mot.
  "Bon vent!" dit Quiloe en se retournant vers ses nouveaux amis.
  "Je déteste ce genre de personne!" grogna Cadsuane.
  "Oui, on a cru comprendre ça..." répondit Moleeni.
  "Et toi, appelle moi encore une seule fois 'la petite' et ça va mal tourner!" menaça l'halfelin.
  "Et qu'est ce que tu vas faire? Me donner un coup de tête dans le genou?"
Heian éclata de rire et les autres ne purent s'empecher de sourire à cette petite vanne. Cadsuane, habituée à ce genre d'humour, ne s'en formalisa pas plus que cela.
  "Bon, notre gaillard était clairement un consommateur de skooma..." dit Ambre, se retournant de nouveau vers le cadavre.
  "Il sent la merde, comme les espèces de zombies qu'on a dégommé dans la rue..." dit Heian qui tournait dans la pièce, se dirigeant vers une petite échelle.
  "Et comme le skooma!" continua Ambre.
  "Bon, donc, on pourrait en déduire, d'après ce que ta mère nous as dit, Quiloe" dit Moleeni, "que cette drogue causait une grande dépendance. Le manque cause alors une période de déprime intense comme ce qu'on eut ta mère et surement mon oncle. Sans réapprovisionnement, ça pousse le drogué jusqu'au suicide. De nouveau, comme ta mère ou ce pauvre Bonard au plafond." 
Quiloe ne répondit pas, abattue par la mention répétée de la mort de sa mère...
  "Mais les zombies dans tout ça?" demanda Cadsuane tandis qu'Heian grimpait les échelons de l'échelle et ouvrait la trappe dans le plafond.
  "Ca doit paraitre dingue mais..."
  "He, venez voir ça!" s'écria Heian, les jambes encore sur l'échelle.
Tous se précipitèrent pour le re joindre. En haut de l'échelle, ils débouchèrent sous le toit du manoir qui semblait avoir été coupé en deux, si bien que la moitié du grenier était entièrement dépourvue de toiture alors qu'eux se trouvaient sous la deuxième moitié. Partout, des poutres et des outils trainaient. Bonard semblait apparemment occupé à se construire une terrasse ou un nouvel étage à son manoir avant de décider qu'il serait plus amusant de jouer à la balancoire dans son grenier...
  "On voit super bien la ville d'ici!" s'exclama Heian.
  "Très romantique, abruti!" répondit Ambre. "Ne vous montrez pas trop. Je vous rappelle que je ne suis pas réellement de la famille de ce gars!"
  "Et c'était quoi ta théorie pour ce qui est des zombies?" demanda Quiloe à Moleeni.
  "Bah, c'est surement juste une connerie, même si ça expliquerait ce que ta mère m'a dit avant de sauter" répondit le mage sans aucun tact.
  "Oui, ben dis-nous, on verra bien!" dit Cadsuane, admirant la vue qui était au moins aussi belle d'ici qu'elle ne l'était du haut des toits qu'elle avait passé son enfance à arpenter.
  "Et bien... je suppose que, si la dépression ne les tue pas... les drogués finissent comme ça..."
Même Heian se tourna vers lui, son sourire pour un temps disparu de son visage.
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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 10:10
Enfin, Quiloe sortit de sa transe alors que des pas de courses traversaient la petite cuisine vers  son dos. En un mouvement tournant, elle attrapa son arc et son carquois posé à côté de la porte et fit face aux intrus. A moins de deux pas d’elle, se trouvaient une créature qui avait pu être humaine autrefois. Maintenant, ce n’était qu’un semblant d’homme, sa peau grisâtre et pourrissante par endroit pendait sur son corps décharné. Ses yeux entièrement noirs ne reflétaient aucune humanité et de la bave sombre coulait entre ses dents déchaussées  alors qu’il courrait vers la jeune fille en hurlant. Derrière lui, Quiloe en vit au moins  trois autres passer dans la cuisine en renversant tout sur leur passage. Elle n’eut pas le temps d’encocher une flèche que déjà, la créature la frappait au torse, l’envoyant bouler en arrière. Elle tomba de la petite plate forme au pas de sa porte en roula sur les pavés de la rue. En se relevant, elle vit les inconnus se ruer vers sa maison. La petite halfling roula entre les jambes du monstre qui l’avait frappé, évitant de justesse un de ses coups tandis que le grand guerrier et la jeune femme aux longs cheveux lui faisaient face dans l’encadrure de la porte. Elle encocha une flèche et se décala pour tirer sur la première créature au moment où les deux guerriers le frappèrent, l’envoyant voler dans la cuisine avant d’y entrer à sa suite. 
Tous deux enjambèrent la créature et se jetèrent dans la mêlée, venant en aide à l’halfeling qui venait de trancher d’un coup de serpe les tendons d’achille d’une autre créature qui s’effondra au sol où le grand guerrier l’acheva d’un coup d’épée entre les omoplates, la clouant au sol. 
Le combat se passait tellement vite que Quiloe ne parvenait pas à placer la flèche qu’elle avait encoché.  Les trois combattants frappaient en tout sens, parant les coups maladroits et violents de leurs adversaires, jusqu’à ce que tout s’arrête, enfin. 
Soudain, Quiloe vit le premier des monstres à être tombé, sur le pas de la porte, se relever dans le dos de la jeune femme rousse. Au fond de la pièce, une autre créature venait d’entrer dans la cuisine, juste derrière l’halfling. La première créature s’apprêtait à mordre la jeune femme quand Quiloe lâcha sa flèche qui traversa l’espace qui les séparaient en une fraction de seconde et se planta droit dans la nuque de la créature.
Au même moment, une éblouissante lumière blanche vola de la cage d’escalier et frappa de plein fouet le dernier monstre qui s’effondra en hurlant, les lambeaux de ses vêtements s’enflammant brièvement…
Le silence qui suivit parût assourdissant à Quiloe. Au dessus de l’odeur de chair brûlée du dernier monstre, une odeur écœurante flottait hors de sa maison. Elle se retourna vers le corps allongé derrière elle dans la rue… Sa mère semblait pleurer quelques larmes noires et épaisses qui séchaient déjà sur ses joues. Une longue coulée de sang serpentait entre les pavés de la rue en pente forte. Quiloe s’agenouilla à côté du cadavre, reconnaissant l’odeur écoeurante des monstres en provenant également, beaucoup plus diffus. Elle lâcha son arc et fixa le visage éteint de sa dernière famille, en remettant correctement le tissu de la robe pour en enlever tous les plis. Sa mère adorait les robes sans plis ! Mais elle avait beau faire, ces foutus plis réapparaissaient dès qu’elle lâchait le tissu, elle le lissa encore et encore. Une petite main se posa sur son épaule
  "On va t’aider à la préparer pour l’immersion…" dit la petite halfling.
Quiloe n’écouta pas. Elle ne fit pas plus attention quand la jeune femme rousse lui répéta la phrase puis la tira en arrière. Elle tenta de résister sans succès, toute force semblait l’avoir quittée.
Jarod les laissa débarquer sur le quai en silence. Il aida Quiloe à grimper les échelons métalliques soudés dans la pierre en évitant de croiser son regard.  Quand Heian passa à côté de lui et grimpa l’échelle, il ne fit aucun commentaire (contrairement aux inquiétudes du guerrier). La petite cérémonie avait été tout autant silencieuse. Les cinq aventuriers avaient accompagnés la mère de Quiloe dans sa dernière demeure et Cadsuane avait payé Jarod pourlui rembourser sa journée de pêche perdue, même si celui-ci avait commencé par refuser.
Ils saluèrent le marin et remontèrent le quai en silence quelques instants jusqu’à ce que Moleeni intervienne :
Bon, c’est pas tout ça les amis, mais moi, j’ai une importante mission à remplir ! J’espère qu’on se reverra !
Faisant mine de partir, Quiloe l’arrêta, l’air déterminé :
  "Tu va chercher ton oncle ? Moi je veux trouver les responsables de ce qui est arrivé à ma mère." 
  "On s’est déjà occupé des responsables, les ptits gars!" Intervint Heian, "C’était des iliens qui vendaient une drogue comme celle-ci."
Il sortit de sa sacoche une petite fiole remplie d’un liquide noir un peu visqueux.
  "Range ça, abruti ! gronda Cadsuane. Je pensais que tu devais t’en débarasser !"
  "Boah, c’est la dernière, ça fait un petit souvenir… Et maintenant que tous les chefs sont morts, il n’y en aura plus d’autres…"
  "Peut-être pas tous…" dit Ambre, pensive.
  "Qu’est ce que tu veux dire ?" demanda Quiloe en lui attrapant le bras.
Ambre se dégagea. 
  "Vous vous souvenez de ce mot qu’on a trouvé dans la grotte ? « Comme prévu, en paiement, blablabla… et signé Magnus » ?"
  "Oui, c’est juste !" s’écria Cadsuane. "Vu le prix de ce qu’il a offert en paiement, il a dû acheter une quantité énorme de skooma. C’était peut-être un revendeur…"
  "Où vit ce gars ?" demanda Moleeni.
  "On ne sait pas. Pour autant qu’on sache, c’est probablement un pseudonyme. Quel abruti voudrait s’appeler Magnus ?"
Moleeni se tût, il avait souvent songé à s’offrir un nom d’emprunt et Magnus lui semblait porter un certain prestige…
  "Et qui pourrait nous aider ?" demanda Quiloe, les yeux dans le vague...
  "J’aurais bien une idée…" dit Heian. "Notre ami le boucher ?"
Moleeni se tenait aussi près qu’il l’osait du Hell’s hole. Tout autour de lui, des marchands avaient installé leurs échoppes (suffisamment loin du trou pour ne pas courir de risque) et des enfants couraient de partout. A intervalles réguliers, des travailleurs en haillons arrivaient en tirant de lourdes charrettes chargées de détritus puants et les vidaient dans le gouffre. Moleeni se pencha légèrement en avant pour voir la chute des ordures. Un léger courant d’air semblait monter du gouffre parfaitement rond et les ordures disparurent vite de sa vue, absorbées par l’obscurité de cet étrange gouffre réputé sans fond dont la paroi était striée de lignes apparemment infinies descendant en spirale vers le fond. 
Soudain, le mage se sentit projeté en avant par des mains puissantes et, en une fraction de seconde, eut le temps de penser à l’interminable chute qui l’attendait. Une chute durant laquelle il aurait peut être l’occasion de mourir de faim sans encore entrevoir le sol… Mais les mains le rattrapèrent et le tirèrent en arrière, lui découvrant le visage hilare du guerrier.
  "Abruti !"
  "Hahaha, t’aurais dû voir ta gueule!" s’esclaffa le guerrier. "Allez, ramène-toi, Cadsuane vient de sortir. Les nouvelles ne sont pas bonnes."
Moleeni se calma et suivit Heian vers le reste de leur petit groupe, à un banc d’un petit bar ambulant bien rempli. Heian commanda une énorme choppe de bière et s’accouda au bar, bousculant quelque peu un autre buveur qui se retourna un peu fâché mais n’osa pas s’en prendre au grand guerrier.
  "Le boucher est mort…" annonça tristement Cadsuane. "On a retrouvé son cadavre dans une ruelle, pas très loin de la maison de l’îlien il y a déjà deux jours. Sa femme est désespérée et pense à fermer la boutique et à quitter la ville…"
  "C’est con, ça ! C’était notre seule piste!" s’exclama Heian.
  "Ce qui est surtout con, c’est qu’il est surement mort par notre faute, espèce de brute sans cœur ! Si nous ne l’avions pas forcé à parler, il serait toujours vivant et sa famille s’en porterait surement bien mieux…"
  "Oui, bah, il avait qu’à pas dealer cette daube, hein."
  "Je suis d’accord", intervint Quiloe. "Il a mérité ce qui lui est arrivé pour avoir répandu cette merde dans la ville."
  "Et sa famille alors ? Elle n’avait rien mérité, elle…" répondit Cadsuane, accablée par ce qu’elle venait d’apprendre.
  "Bon, et sinon, il n’y a personne d’autre qui peut nous aider ?" coupa Moleeni. "On ne pourrait pas trouver un autre ancien dealer ou quelque chose du genre ? Tous les drogués ne sont peut être pas encore morts et sinon, il y a bien quelqu’un qui connait plus de choses dans la ville ?"
Ambre, Cadsuane et Heian se regardèrent.
  "Il va nous détester !" s’exclama Ambre en montant l’échelle de bois dans les égouts. "Menak nous a clairement interdit  de parler de sa guilde…"
Elle frappa néanmoins à la trappe qui s’ouvrit rapidement.
  "C’est nous, Menak ! On amène des amis…" dit-elle en entrant dans la petite cave sous le regard soupçonneux du balafré muet.
  "Des amis ?" s’écria Menak en se levant de sa chaise, manquant la faire tomber. "Mais qu’est-ce qui vous prend ? Je vous avais quand même bien dit de faire silence sur cet endroit !"
  "C’est important", dit Cadsuane en entrant à la suite du reste du groupe dans la cave éclairée de quelques faibles bougies.
Menak paraissait complètement hors de lui mais se calma un peu en voyant l’air préoccupé des compagnons. Il se rassit sans leur proposer de siège (qu’Heian s’attribua néanmoins). Ambre vint se placer en face de Menak :
  "Quand nous sommes revenus de la grotte, nous t’avons donné une liste des anciens dealers de skooma, tu l’as toujours ?" demanda t’elle.
Menak la regarda quelques instants.
  "Qu’est ce que tu veux en faire ?" demanda t’il.
Moleeni passa devant Ambre.
  "Bonjour, cher ami ! Nous n’avons pas été présentés : je m’appelle Moleeni ! Je suis mage et en mission hautement importante !"  déclama t’il en bombant légèrement le torse. 
  "Et que voulez-vous que ça me fasse ?" demanda Menak.
  "Un grand danger rôde sur Emerylonn et ma quête y est liée", répondit le mage sans se dégonfler. "Vous avez surement entendu parler de ces monstres qui se répandent en ville…"
  "Et vous avez des idées sur ce qu’ils sont ?" demanda Menak, soudain plus intéressé.
  "Une vague idée, oui. Et un de ces dealers pourrait potentiellement faire avancer mon enquête dans laquelle ces jeunes gens m’assistent continua t’il en désignant d’un ample mouvement du bras les quatre autres aventuriers."
Menak réfléchit quelques instants avant de reprendre la parole. 
  "Moui… En fait, vous tombez assez bien. Je dois moi aussi trouver la source de ces monstres et vous vous êtes montrés à la hauteur de la dernière mission que je vous ai confiée.  Cette liste est partie pour un autre client désormais, mais on n’acquiert pas ma position sans prendre des précautions… "
Ce disant, il se leva et récupéra  dans une petite boite fermée à clé un papier rempli de gribouillis.  
  "Cette copie reprend tous les noms et positions des anciens dealers de skooma. La plupart sont désormais reconvertis en vendeurs d’une autre drogue appelée Kaiyu ou en passe de l’être."
Ambre étudia la liste quelques instants.
  "L’un d’entre eux serait-il plus intéressant que les autres ?"
  "Martino."
  "Pardon ?" demanda Cadsuane. "Qui porte un nom pareil ?"
  "Un jeune crétin qui traîne près du port noble. Il n’a pas grand-chose dans la cervelle mais s’en sort assez bien en vendant toutes les crasses sur lesquelles il met la main. Je sais que Fainer a déjà eu affaire à lui et a pu en tirer de bonnes informations."
  "Comment le trouverons-nous ?" demanda Moleeni.
  "Il traine en permanence sur la place de la sirène en fin de journée. C’est un toute petite place entre quelques entrepôts. Glauque et isolée. Si vous allez le voir, soyez discret sur ce que vous lui dites : il travaille pour la guilde des voleurs et on préférerait éviter la publicité…"
  "La guilde des voleurs ?" demanda Cadsuane. "J’ignorais qu’il y en avait une à Emerylonn !"
  "Toutes les grandes villes en ont une, Cadsuane. Le vol est hautement lucratif, si quelqu’un dirige et organise toute cette racaille, c’est encore plus intéressant pour lui."
  "Bon, allons-y !" S’exclama Quiloe qui n’avait pas encore parlé mais sautillait d’un pied sur l’autre d’impatience.
  "Oui, le devoir m’attend !" enchaîna Moleeni. "Merci de votre aide, chers amis ! Considérez-nous dès maintenant comme membres de votre petit groupe !"
Menak et Minas se regardèrent d’un air stupéfait pendant que le petit groupe quittait la cave.
  "Essayez d’être discrets, cette fois !" ordonna Menak à Cadsuane alors qu’elle descendait la petite échelle derrière ses amis.
  "Comme toujours !" répondit celle-ci avec un clin d’œil avant de disparaitre dans les égouts.
  "Il va falloir faire attention à ces gars-là, Minas." Dit Menak à son compagnon une fois la trappe refermée. "Ils sont bons mais bien trop dangereux pour nous. J’aurais préféré ne pas avoir eu à les faire venir ici. Pourquoi a-t’il fallu qu’il nous force la main ?"
Le muet secoua la tête d’un air sombre et fit signe qu’il allait faire sa ronde habituelle...
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 09:52
4 ans...
Cela faisait 4 ans qu'il n'était pas sorti de l'université. Du bord du promontoire, là où les vents atteignaient parfois une violence inconfortable, Moleeni admirait la ville. Il aimait cet endroit d'où il pouvait distinguer l'agitation de la cité d'Emerylonn, loin en dessous de lui. Il ne se rappelait que peu de choses de la ville. Son oncle l'avait acceuilli voilà déjà plusieurs années et il avait pratiquement immédiatement été accepté comme élève prometteur à l'université, ce bastion de magie renommé dans les royaumes du nord : une des dernières structures flottantes depuis la chute de Netheril dont les archimages gardaient jalousement le secret...
Aujourd'hui, Moleeni avait atteint un stade de son apprentissage et allait entamer une nouvelle étape, bien plus dangereuse parce que placée entièrement sous son contrôle : il allait être livré à lui même dans le monde extérieur! Les aventures qu'il vivrait (car il avait déjà décidé de ne pas devenir un rat de bibliothèque) forgerait sa puissance ainsi que son caractère...
Soudain, une voix résonna dans son crâne : il était appelé au conseil central : l'heure était venue. Abaissant son capuchon qu'il avait mis pour se protéger du froid dû à l'altitude, il posa le pied sur la marche de téléportation à côté de laquelle il se tenait. Il ne fallait jamais arriver en retard à une convocation d'un archimage et il ne fallait jamais se promener le visage couvert dans les locaux de l'université! Moleeni avait appris à ses dépends à respecter ces règles durant ses premieres semaines ici mais il avait également appris que certaines règles pouvaient facilement être contournées... 
Quand il posa son deuxième pied sur la marche, il disparut instantanément du promontoire, le laissant vide, battu par les vents qui descendaient des montagnes du nord et de l'est, survolait la grande ville d'Emerylonn avant de se perdre au dessus de l'immense étendue de la mer, par delà l'arche...
Deux heures plus tard, alors que le soleil était à son zénith, Moleeni posa le pied hors du bureau des mages, dans l'animation d'une des grandes avenues d'Emerylonn, pour la première fois depuis tellement longtemps. Devant lui se jetait vers le ciel la flèche du temple de Selune, tellement imposante quand on la regardait du sol alors qu'elle avait l'air tellement insignifiante depuis là-haut. En y repensant, Moleeni leva les yeux au ciel, vers la masse sombre de l'université qui flottait à plus de cent mètres au dessus de lui. Il eu une légère impression de perdre pied en pensant reconnaître la petite silhouette du promontoire sur lequel il se trouvait encore quelques heures plus tôt et où, peut être, un autre mage le regardait maintenant ; mais il se secoua bien vite et commença à marcher.
Il avait l'intention de retrouver son oncle Arthur et sa femme Jenna afin de s'installer chez eux, le temps pour lui de trouver... quelque chose à faire...
Il descendit les rues bruyantes, prenant plaisir à sortir des avenues principales et à ressentir l'ambiance des ruelles typiques emplies de vcendeurs à la sauvette de de gamins des quartiers suspendus venus voler un pain, un fruit, ou mendier quelques pièces de cuivre. 
Il traversa le pont de Selune, l'île de l'Emeryl ainsi que le pont de Shar, appréciant mieux les dimensions dantesques des ponts et du palais maintenant qu'il les voyait de nouveau de près. Les mages, à force de tout voir de haut et en tellement petit, acquérait un sentiment de toute puissance vis à vis des gens simples qui vivaient en bas.
Moleeni arriva enfin dans le deuxième district. Il traversa le quartier industriel du port avant de rejoindre les quartiers des artisans. Il dût chercher son chemin un court moment avant de reconnaître la maison dans laquelle Arthur et Jenna louait un appartement. L'après midi touchait à sa fin quand il frappa à la porte.
  "Qui est là?" cria un voix de crécerelle.
  "C'est Moleeni!" répondit-il fièrement. Il se souvenait que la propriétaire des lieux était une vieille femme acariâtre et désagréble.
  "Jamais entendu parler! Foutez le camp!" lança la voix juste derrière la porte.
  "Je suis le neveu d'Arthur et Jenna, je viens de descendre de l'université de magie en tant que mage accompli!" répondit-il, exagérant quelque peu son titre.
  "Un mage?" s'écria la vieille femme en ouvrant la porte à la volée.
Elle était encore plus laide qu'il ne s'en souvenait et dû se retenir de faire un bon en arrière quand elle l'invita à entrer. 
  "Hoo, mais comme tu as changé, gamin!"grinça la vieille en le toisant de bas en haut, "Tu as fière allure! Ha mais voilà Jenna!" continua t'elle en voyant la tante de Moleeni descendre les marches qui menaient au couloir.
Jenna resta sans bouger quelques instants, elle semblait au bord des larmes.
  "Ho Moleeni... Enfin..." dit elle en se jetant contre lui.

Quelques minutes plus tard, alors qu'ils avaient réussi à se débarasser de la vieille mégère et que Jenna servait du thé à son neveu dans sa cuisine, ils purent parler.
  "Où est Arthur, Jenna?" demanda Moleeni.
Sa tante laissa tomber la tasse qu'elle servait sur le sol, brisant l'anse. Moleeni la ramassa, reposa l'anse contre la tasse et, faisant jaillir un petit rayon lumineux de ses mains, répara l'objet abimé. 
Jenna sembla à peine remarquer le petit tour qu'il venait de réaliser et lui repris l'objet des mains, le laissant quelque peu frustré du manque de réaction.
  "Arthur... n'est plus ce qu'il était..." Cela fait près de 2 semaines que je ne l'ai plus vu et... je crains qu'il m'aie quitté" dit la vieille femme en éclatant en sanglot.
Moleeni la laissa pleurer quelques secondes avant de demander:
  "Explique moi ce qu'il s'est passé!"
Jenna se reprit quelque peu et expliqua.
  "Depuis quelques temps, Arthur avait pris l'habitude de rentrer plus tard de son travail. Souvent, il n'avait plus faim, il avait l'air fatigué : de grandes cernes plombaient ses yeux alors qu'il agissait de manière agitée..." Elle bû une petite gorgée de thé avant de continuer "Un jour, je l'ai suivi... Je n'en suis pas fière mais, le simple fait qu'il ne m'ai pas vu prouve qu'il avait l'esprit occupé par autre chose. Je l'ai vu aller à la maison de... cette femme!"
  "Quelle femme?" l'interrompit Moleeni.
  "La femme d'un chasseur qui est décédé voici quelques années. Elle était jolie autrefois et je sais qu'Arthur l'a connue... Ce jour là, il n'est pas revenu à la maison! Il m'a fallu deux jours pour me donner le courage d'aller frapper chez elle! Sa fille m'a ouvert, me disant que sa mère était souffrante et qu'il n'y avait qu'elles deux dans la maison..."
Moleeni réfléchi quelques instants. Une petite enquête familiale ne payait pas de mine pour se future renommée mais un début était un début! Il allait découvrir ce qu'il était advenu de son oncle et le ramener à Jenna!


Quiloe préparait à manger. Comme tous les soirs depuis un an. Lise était assise à la table, les yeux fixés sur le verre de vin qu'elle faisait glisser d'une main à l'autre sans le boire.
  "Maman, tu veux bien m'aider?" demanda t'elle. "MAMAN!" cria t'elle quand sa mère ne réagit pas.
Lise souleva doucement ses yeux rougis de son verre.
  "Oui, ma chérie?" demanda t'elle d'une voix qui semblait venir d'un millier de kilomètres.
  "Tu veux bien m'aider?" redemanda Quiloe, présentant la vaisselle qui attendait d'être posée sur la table pour leur repas.
Soudain, sa mère lança un regard de côté avec une vivacité étonnante de contraste avec la lenteur habituelle de ses gestes, faisant craquer les vertèbres de son cou. 
  "Je n'ai pas très faim, Quil' " dit-elle, semblant scruter les ombres au coin de la pièce.
Quiloe regarda dans la direction qu'observait sa mère, ne voyant qu'un placard et son arc qu'elle avait posé là. 
  "Je vais aller sur le toit, regarder le ciel, ne m'attend pas pour dormir!" lui dit sa mère avant de se lever précipitemment de la table, renversant son verre de vin au sol sans même un regard avant de grimper les escaliers.
Quiloe se laissa glisser au sol, appuyée aux pieds de la table face aux fourneaux. Elle tenta de retenir ses larmes mais, alors qu'elle tournait le visage vers le coin qu'avait fixé sa mère, elle vit de nouveau son arc.
  "Papa..." murmura t'elle avant de fondre en larmes.
Son père était mort quelques années plus tôt. Il l'avait toujours emmenée en forêt avec lui dont il lui avait fait découvrir les animaux, les plantes et les pièges. Elle connaissait les plantes qui guérissait et celles qui rendaient malades. Elle avait déjà arpenté la forêt pendant des jours avec son père à la recherche d'un animal suffisemment âgé pour être tué et ramené. Mais, depuis sa mort, Quiloe se sentait souvent tellement seule.
Sa mère avait semblé esseulée pendant longtemps puis, cela faisait peut être un an, un homme avait frappé à leur porte. Sa mère et lui avaient alors passé une nuit entière à discuter dans la cuisine, comme de vieux amis. L'homme avait alors prit l'habitude de venir régulièrement et sa mère sembla revivre à son contact. Parfois, Quiloe se réveillait le matin pour les trouver tous deux endormis sur le toit, toutes portes encore ouvertes. Un jour, elle avait trouvé dans la main de sa mère une petite fiole de verre vide mais répandant encore une écoeurante odeur d'excréments.
Quiloe s'était posé de nombreuses questions auxquelles sa mère avait refusé de répondre mais, le moral de Lise semblant remonter au contact de l'étranger, elle en avait conclu qu'il ne pourrait en sortir que du bien.
Sauf qu'un jour, l'homme était venu agité, le visage semblant malade. Quiloe avait hésité quelques secondes à le laisser entrer quand il avait frappé et il l'avait directement poussé en arrière. Ses yeux étaient rouges comme s'il avait pleuré. Il s'était immédiatement excusé mais Quiloe l'avait repoussé et Lise était arrivé à ce moment.
Maintenant qu'elle y pensait, sa mère avait commencé à perdre la joie de vivre qu'elle semblait avoir regagné plus ou moins à ce moment là.
Lise et l'étranger s'étaient encore revu plusieurs fois alors que Quiloe cessait complètement ses sorties en forêt : il semblait que des êtres à moitié humains rôdaient en ville et dans ses alentours, tuant des victimes au hasard. Certaines histoires parlaient même de cadavres exsangues ou d'autres réduits en masses informes inidentifiables. Un soir, L'homme avait quitté leur maison, dans un état d'énervement extrême. Quiloe avait immédiatement verrouillé la porte derrière lui, effrayé par les veinules noires qui striaient le blanc de ses yeux.
Il n'était jamais revenu et sa mère avait sombré dans un mutisme où elle se perdait de plus en plus chaque jour.
Quiloe fut sortie de ses pensées par l'odeur de la viande qu'elle avait mise à cuire qui brûlait dans la grande poêle.
Elle se leva, enleva la casserole du feu, nettoya le vin sur la table et rangea la vaisselle. Pendant qu'elle s'occupait à ces tâches, quelqu'un frappa à la porte. Dehors, la nuit était tombée, il était peu prudent de se promener dehors à ces heures.
  "Qui est là?" demanda t'elle, se rapprochant, silencieuse, de son arc posé près de la porte.
  "Moleeni! Je suis le neveu d'Arthur, on m'a dit que je pourrais peut être le trouver ici." répondit une voix puissante de l'autre côté de la porte.
  "On vous a mal renseigné, il n'y a pas d'Arthur ici. Maintenant, allez-vous en!" lança Quiloe.
  "La femme de mon oncle pensait qu'Arthur était avec votre mère! "  dit la voix derrière la porte.
  "Qu'est ce que vous voulez?" demanda Quiloe en ouvrant la porte, un rougeur de colère envahissant ses joues. 
  "Juste parler à votre mère" répondit l'homme qui se trouvait devant elle, en haut des petits escaliers qui menaient à sa porte.
  "Ma mère n'était avec personne! Ni avant, ni maintenant! Votre oncle, si c'était lui, n'est plus venu ici depuis deux semaines et ma mère est souffrante, elle ne voudra pas vous recevoir." s'écria Quiloe.
  "Peut être puis-je tout de même tenter de lui parler? Je suis mage, j'aurai peut être les moyens de la guérir!"
Quiloe regarda l'homme fixement. Il se tenait haut et droit, avec un peu de l'attitude des mages, en effet.  Peut être qu'en effet, il pourrait faire quelque chose...
  "Elle est sur le toit. Au dernier étage. Je vais vous accompagner" dit elle, une lueur d'espoir semblant rayonner du sorcier qui lui faisait face.

Moleeni suivit la jolie fille dans les escaliers tout en pensant à ce qu'elle lui avait dit. Arthur n'était plus venu ici depuis un moment. A peu près à la même période, Jenna avait cessé de le voir également... 
La jeune fille ouvrit une trappe dans le plafond du deuxième étage qui dessina alors un carré de ciel d'encre parsemé d'étoiles. Elle grimpa a l'échelle, laissant Moleeni sur le palier et, d'une petite voix, appela:
  "Maman? il y a un homme qui veut te parler."
  "Qu'il s'en aille!" dit doucement une autre voix venant de l'extérieur.
  "Il dit qu'il est le neveu d'Arthur..." répondit la fille.
S'ensuivit un long silence puis, elle fit signe à Moleeni de grimper les échelons vers le toit avant de les abandonner tous deux là-haut, ses yeux tristes semblant supplier Moleeni de faire quelque chose...
Moleeni, debout sur le toit plat, regarda autour de lui. Ils étaient un tout petit peu plus haut que la majorité des toits du quartier et pouvaient voir le paysage jusqu'à la baie. Dans le ciel, la lune et son cortège de larmes éclairaient le ciel et, au loin, brillaient les globes lumineux des ponts. Tout au bord du toit, lui faisant face, se tenait une femme grosse, aux longs cheveux filasse dû au manque d'entretien. Elle le regardait mais il ne pouvait distinguer ses yeux perdus dans l'ombre noire des cernes qui les englobaient. 
Moleeni remarqua qu'elle se tenait fort près du toit.
  "Vous êtes le neveu d'Arthur?" demanda t'elle.
  "Oui, je m'appelle Moleeni."
  "Il m'a parlé de vous. Vous êtes mage."
  "Savez-vous où se trouve mon oncle? Sa femme ne l'a pas vu depuis déjà deux semaines." demanda t'il.
 "Elle non plus? Dans ce cas, il est perdu. Comme eux... et comme moi, bientôt..." répondit elle, sa voix chevrotante.
  "Qu'est ce que vous voulez dire? Comment ça, perdu?"
  "Nous n'aurions jamais dû toucher à cela..." continua t'elle, comme si elle ne l'avait pas entendu "Quand ils sont partis, nous laissant sans rien... Comment aurions-nous pu nous douter des conséquences?"
  "Je ne comprend pas un traître mot de ce que vous dites" dit Moleeni en tentant de se rapprocher doucement de la femme dont les talons frôlaient la limite du toit.
  "C'est normal." répondit elle "Vous n'y avez pas touché... Mais moi, bien. J'ai commencé à voir les ombres se déplacer, à la limite de mon champ de vision. Et bientôt... bientôt, je serai comme eux."
Moleeni ne répondit rien, mais fit encore un pas vers la femme.
  "Arthur a voulu tenter quelque chose. Il disait que Magnus pourrait l'aider. Qu'il aidait les gens comme nous... Mais il n'est pas revenu évidemment..."
  "Magnus? Qui est-ce?"demanda Moleeni en se rapprochant encore un peu. Il était presque à portée de bras maintenant.
  "C'est trop tard. Je les sens venir. Je me sens partir. Je ne veux pas de ça..."
Moleeni sauta en avant, tentant de toucher la femme qui se laissa tomber en arrière. Il parvint à toucher sa main et lança un sort qui ralentirait sa chute mortelle vers la rue, plusieurs mètres en contrebas. Il sentit la magie le traverser et toucher la femme mais, sentit immédiatement après que la volonté de la suicidaire avait été plus forte que sa magie. Elle tomba vers le sol alors que Moleeni tombait au sol sur le bord du toit, la voyant s'écraser dans la rue avec un bruits d'os brisés devant un petit groupe de promeneurs nocturnes. Une jeune femme aux longs cheveux roux leva les yeux vers lui alors qu'une grande coulée de sang sombre coulait rapidement entre les pavés inégaux de la ruelle en pente.

Dans la cuisine, Quiloe attendait, assise à table, faisant tourner un verre de vin entre ses doigts, à la manière dont sa mère le faisait encore quelques temps plus tôt. Quand elle entendit un choc sourd dans la rue, devant sa porte. Elle se leva, son esprit travaillant en accélérant. Avant de toucher la poignée de la porte, elle sut exactement la scène qu'elle allait découvrir. Elle ouvrit la porte et vit un petit groupe de personnes autour du corps inanimé d'une femme que Quiloe refusait de reconnaitre. Elle resta sans bouger pendant un instant qui lui parut durer une éternité, ses yeux restant secs, incompréhensifs. Une petite halfelin et un grand guerrier se retournèrent vers elle sans qu'elle les vit réellement.
Tout à coup, dans la petite pièce donnant sur le jardin (qu'elle avait pris l'habitude d'appeler "la pièce de derrière" avec son père), un coup sourd résonna contre la fine porte de bois. puis un deuxième. Quiloe ne réagit toujours pas, tandis que l'halfelin se relevait, dévoilant le visage ensanglanté de sa mère.
Elle ne fit pas attention aux bruit que fit la petite fenêtre qui jouxtait la porte du jardin en se brisant, accompagné d'un grognement inhumain. Elle ne réagit toujours pas quand la porte de derrière s'effondra dans la pièce en un grand fracas et que les trois inconnus se précipitèrent vers elle, dégainant leurs armes...
Elle garda les yeux fixés sur une unique larme noire qui coulait du seul oeil de sa mère qu'elle pouvait voir de là où elle se trouvait. 
Par Flagg - Publié dans : Conséquences
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